Hack’n Slash. Un anglicisme éloquent désignant une catégorie de jeu vidéo barbare et faussement décérébré où le joueur doit batailler contre des hordes de monstres en les détroussant de leur or, de leur équipement et de leur vie (pas nécessairement dans cet ordre) afin de monter en puissance et ainsi combattre des créatures toujours plus impressionnantes et létales. Une formule simple, pour ne pas dire simpliste, laquelle a pourtant su conquérir bien des coeurs et des portefeuilles grâce à des ténors du genre tels Diablo, Path of Exile ou bien encore Torchlight. Des jeux tantôt accessibles tantôt rigoristes, à l’ambiance et au design sensiblement différents, mais dont le succès peut s’expliquer de la même manière: un respect absolu aux codes du genre dont ils sont issus. Ceci étant dit, attardons-nous à présent sur Painted Memories, une oeuvre vidéoludique qui est au Hack’n Slash ce que l’adaption cinématographique de Suicide Squad est aux comics d’origine: une imposture.

Imaginé par Useless Machine, studio au nom semi-prophétique cofondé par une fratrie de développeurs turcs, Painted Memories s’exhiba pour la première fois sur Steam Greenlight, defunt service de Valve remplacé depuis peu par Steam Direct, avant de venir grossir les rangs de la ludothèque de Steam quelques mois plus tard lors de sa sortie en novembre 2016. Le joueur y incarne un personnage amnésique se réveillant au début de l’aventure dans des ruines souterraines avec pour seul compagnon une voix off l’enjoignant à explorer les lieux. Avant de s’exécuter, il va toutefois falloir composer avec certaines contraintes…

Hack’nt Move

Contrairement à la quasi-totalité des jeux du genre, Painted Memories est un Hack’n Slash où l’on utilise pour se mouvoir non pas la souris mais le clavier, plus précisément les lettres Z,Q,S et D. Le jeu étant configuré de base en QWERTY et les développeurs n’ayant pas jugé utile d’inclure une option permettant de rebinder les touches, le Pciste français lambda devra donc changer la langue de son interface Windows 10 pour pouvoir bénéficier du mode AZERTY et ainsi éviter une sévère inflammation de la main gauche à chaque déplacement. Ce problème résolu, le joueur pourra enfin entamer son exploration des souterrains et par là même se rendre compte de leur gigantisme ce qui ne serait pas un souci en soi sans le choix délibéré et hautement contestable des développeurs (encore eux!) d’exclure de leur titre tout moyens de géolocalisation valable tels qu’une minimap, une boussole ou bien encore un foutu fil d’Ariane! L’absence permanente de repère fiable couplée à la taille démesurée des environnements et à la semi-obscurité perpétuelle qui y règne font qu’il est extrémement facile de s’y perdre. Tout cela malgré l’obtention de la torche, récupérée dès les premiers instants de jeu, laquelle devient obsolète au bout de vingt minutes. Explication.

Ambiquoi?!

En effet, dès la sortie du premier niveau, le joueur aura le plaisir de trouver l’arbalète, la seule et unique arme du jeu, ce qui lui permettra de rentabiliser la bonne centaine de carreaux récupérée précédemment et jusqu’alors inutile. Exit Diablo 3 et son chasseur de démons multitâche capable de tirer des deux mains pendant un triple salto arrière, ici il est impossible de combattre tout en éclairant son chemin ce qui signifie, dans un milieu où les ennemis se matérialisent tous les dix mètres, qu’il va falloir perpétuellement évoluer dans la pénombre. Plisser des yeux devient donc rapidement indispensable pour survivre, d’autant plus que se situent ici et là des coffres aux trésors de petite taille lesquels ne se détachent absolument pas du décor et dont certains contiennent des clés indispensables pour poursuivre sa route. Le bestiaire de Painted Memories, en revanche, jure particulièrement avec tout le reste puisqu’il n’est ni plus ni moins constitué que de silhouettes de formes, de tailles et surtout de couleurs variées allant du jaune pomme au rouge écarlate en passant par le rose guimauve. Des créatures insolites donc, à mille lieux des clichés du genre, qui chercheront tous sans exception à transformer le personnage principal en passoire, aidés en cela par une alliée inattendue: leur hitbox particulièrement subversive.

Pain(t)ed Memories

Viser avec précision un ennemi dans Painted Memories n’est absolument pas synonyme de dégâts occasionnés sur ce dernier puisqu’en fonction de la distance et de l’angle de tir le projectile va parfois survoler la cible voir même carrément la traverser sans lui faire ni chaud ni froid. Mieux, combattre à courte portée est carrément proscrit par le jeu lui-même lors de certains écrans de chargement où il est clairement précisé que les chances de toucher au corps-à-corps sont nulles! Cet aspect peu reluisant du système de combat est particulièrement pénalisant en début de partie où abattre son homme nécessite un nombre important de hits et où les munitions sont limitées. Ces dernières ne s’obtenant que via des coffres ou des loots bien particuliers, il est tout à fait possible de se retrouver dans une situation extrêmement précaire, tel un combats de boss, où l’on n’a tout simplement pas assez de carreaux d’arbalète pour conclure le combat et où la seule alternative possible est le trépas. Farmer les différentes zones pourrait sembler être une bonne option pour éviter ce genre de mésaventure et ainsi gagner en puissance mais là encore il y a un hic. Dans son refus obstiné de singer les grands, Useless Machines a pour son titre délaissé la sacro sainte-combinaison expérience / niveau des Hack’nd Slash au profit d’un système d’orbes droppées aléatoirement par les différentes créatures et permettant de renforcer au hasard une des trois caractéristiques du héros que sont l’attaque, la vie et l’armure sachant que la dernière n’est même pas un boost permanent. Une idée encore une fois discutable puisque dans la pratique rien ne garantit de récupérer le précieux sésame même en bourrant les autochtones locaux pendant une dizaine de minutes.

Smells like Protoss spirit

Un dernier mot enfin sur les compétences du héros. Au nombre de cinq, elles se débloquent à des instants clés du jeu et vont du carreau explosif à sa version foudroyante en passant par le blink ou bien encore le sprint. Bémol oblige, le blink ne permet pas de traverser les obstacles et s’avère inutile dans les pentes / escaliers vu qu’il ne prend pas en compte le relief. Quant au sprint, sa durée d’activation de dix secondes pour un temps de récupération neuf fois supérieur limite sérieusement son usage. Les autres skills étant de toutes manière paramétrée sur les touches du clavier situées juste au-dessus de celles allouées au déplacement, le simple fait de s’en servir tout en bougeant relève de la véritable gageure…

En définitive, il est très difficile de recommander Painted Memories dont le plus gros défaut n’est pas d’être un mauvais Hack’nd Slash, cherchant à se démarquer au détriment de fondations solides éprouvées par des classiques du genre, mais d’être un mauvais jeu tout court, bancal et sans saveur. Les bonnes compositions ponctuant le titre de Useless Machine peinent à compenser ses nombreuses incohérences de gameplay auxquels viennent s’ajouter un bilan technique pauvre, des bugs redondants et une durée de vie n’excédant pas les 6 heures. Le prix, moins de cinq euros, paraît attractif même comparé à des softs abordables comme Torchlight ou Grim Dawn mais ce serait oublié un peu trop facilement que Path of Exile lui est gratuit.

Painted Memories est développé et publié par le studio turque Useless Machines et est disponible sur Steam (Microsoft Windows) depuis le 03 novembre 2016.

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