Hollow Knight: Silksong

Sorti en septembre 2025 après des années d’attente et d’anticipation, Hollow Knight : Silksong s’est imposé comme l’un des événements majeurs de la décennie pour le jeu vidéo indépendant. Développé et publié par Team Cherry, ce second opus devait non seulement poursuivre l’héritage de son illustre prédécesseur, considéré comme un chef-d’œuvre du Metroidvania moderne, mais aussi s’en affranchir pour créer une aventure unique. En passant du Chevalier silencieux à la princesse-guerrière agile, Hornet, le jeu se propulse dans un royaume entièrement nouveau : le Pharloom. Cette analyse se propose de décortiquer les réussites, les défis et les évolutions de cette suite tant attendue, qui a su, malgré une pression colossale, tracer sa propre voie tout en honorant l’immense héritage du premier Hollow Knight.

Un nouveau royaume : Pharloom et ses richesses

L’une des ambitions les plus évidentes de Silksong est de proposer un monde radicalement différent de Hallownest, tout en conservant la densité et l’âme qui ont fait le succès de la série. Le joueur évolue dans le Royaume de Pharloom, un vaste empire vertical structuré autour de la Citadelle ensoieillée qui en couronne le sommet. Ce royaume, déchiré par des conflits anciens et régné par des forces mystérieuses liées à la soie et au chant (d’où le titre), est exploré de bas en haut. Cette direction verticale change fondamentalement la dynamique d’exploration, orientant la progression vers l’ascension et la découverte des secrets de la citadelle. Les environnements sont variés et magnifiquement illustrés, allant des profondeurs humides des Grotte-mousses (Moss Grotto) aux rues opulentes et dangereuses de la Cité de Corail (Coral City), en passant par les étendues désolées des Plaines de Brume (Fog Canyon). Chaque biome introduit de nouvelles mécaniques de plateforme, de nouveaux types d’ennemis et une atmosphère propre, maintenue par la composition magistrale et mélancolique de Christopher Larkin.

Hornet : une héroïne agile et profonde

Le changement de protagoniste est bien plus qu’un simple relooking. Hornet, déjà personnage important et antagoniste secondaire dans le premier jeu, apporte une identité de gameplay totalement distincte. Là où le Chevalier était une arme lourde et méthodique, Hornet est la rapidité et la grâce incarnées. Sa mobilité de base est supérieure, avec un sprint intégral et la capacité à escalader certaines surfaces à l’aide de son aiguille. Le système de combat est entièrement repensé autour de la construction de « Bobines » (Spools), une ressource générée en attaquant. Ces Bobines alimentent non seulement ses capacités spéciales (comme un puissant dash aérien ou un piège de soie), mais surtout son arsenal d’outils artisanaux. En effet, Hornet peut collecter des ressources dans le monde pour fabriquer et améliorer une large gamme d’outils, des bombes piquantes aux appâts soniques, offrant une couche de personnalisation et de stratégie absente du premier jeu. Cette approche transforme Hornet en une chasseuse polyvalente et préparée, dont le style de combat peut être adapté aux préférences du joueur et aux défis spécifiques des boss.

Structure et progression : une évolution ambitieuse

Silksong opère un virage structurel significatif par rapport à la structure Metroidvania pure de son prédécesseur. Bien que l’exploration non-linéaire et l’acquisition de capacités pour débloquer de nouvelles zones restent fondamentales, Team Cherry a intégré un système de quêtes et de missions plus formel. En arrivant dans un nouvel avant-poste ou une nouvelle cité, Hornet peut accepter des « Contrats » de la part d’habitants en détresse. Ces quêtes, qui peuvent aller de la chasse à une créature spécifique à la récupération d’un objet précieux ou au nettoyage d’une zone infestée, guident le joueur à travers le monde tout en récompensant l’exploration latérale. Cette structure offre une sensation de progression plus rythmée et narrative, tout en permettant au jeu de présenter sa quantité phénoménale de contenu (plus de 150 ennemis différents et plus de 40 boss annoncés) de manière organisée. Elle permet également d’approfondir le lore et de rencontrer une galerie de personnages secondaires plus étoffée que dans le premier opus.

Un contenu colossal et une variété inédite

L’engagement de Team Cherry en faveur d’une valeur exceptionnelle est plus que tenu. Silksong est un jeu d’une ampleur vertigineuse. Avec plus de 200 ennemis et 40 boss uniques, la variété des défis de combat est stupéfiante. Chaque boss est une rencontre mémorable, exigeant la maîtrise des mécaniques d’Hornet, allant de duels techniques contre d’autres guerriers agiles à des affrontements épiques contre des bêtes colossales. Le système d’artisanat enrichit considérablement la durée de vie, encourageant à réexplorer les zones pour trouver des ressources rares nécessaires aux améliorations les plus puissantes. Enfin, le mode « Cœur d’Acier » (Steel Soul) fait son retour, offrant aux joueurs les plus hardcore un défi où la mort est définitive, garantissant une tension et une rejouabilité extrêmes pour ceux qui osent s’y frotter. Cette générosité de contenu fait de Silksong une aventure qui peut facilement dépasser les cinquante heures pour une première complétion, sans jamais paraître vide ou répétitive.

Réception critique et réponse de la communauté

À sa sortie, Hollow Knight : Silksong a été accueilli par un torrent d’éloges de la part de la presse spécialisée, décrochant des notes souvent parfaites ou avoisinant les 95/100 sur les agrégateurs. Les critiques ont unanimement salué l’ampleur et la richesse du monde, la profondeur et l’agilité du gameplay d’Hornet, la beauté artistique et la bande-son envoûtante. Cependant, l’accueil de la communauté des joueurs, bien que globalement très positif, a été légèrement plus nuancé, notamment lors des premières semaines. Comme en témoignent les évaluations Steam, le jeu a reçu un accueil « Très Positif » (environ 91% d’avis favorables pour les critiques récentes), mais avec une fraction notable de retours plus critiques. Ces derniers pointaient parfois une difficulté perçue comme trop élevée dès les premières heures, une certaine linéarité initiale due au système de quêtes, ou un sentiment que le jeu, bien que colossal, n’avait pas capturé la magie mélancolique et la liberté totale d’exploration du premier Hollow Knight pour certains puristes. Cette divergence montre la difficulté de satisfaire toutes les attentes démesurées placées dans une suite aussi attendue.

Un héritage à double tranchant et une réussite indéniable

Silksong devait naviguer entre deux écueils : être une copie conforme de son prédécesseur ou s’en éloigner au point de décevoir. Force est de constater que Team Cherry a choisi la voie de l’évolution ambitieuse. Le jeu est indiscutablement une réussite technique, artistique et ludique majeure. Il propose une aventure plus longue, plus variée et parfois plus accessible grâce à sa structure de quêtes, sans sacrifier la profondeur ou le challenge. Cependant, son héritage est complexe. Pour beaucoup, il a non seulement atteint mais dépassé les sommets du premier jeu. Pour d’autres, en cherchant à être « plus » (plus grand, plus de contenu, plus de systèmes), il a peut-être perdu une partie de l’essence mystérieuse, austère et parfaitement focalisée qui faisait la singularité du Chevalier silencieux dans les ruines de Hallownest. Silksong n’est pas Hollow Knight ; c’est le chapitre épique et flamboyant d’Hornet, et c’est en l’acceptant comme tel que l’on peut pleinement apprécier ses immenses qualités.

Conclusion

Hollow Knight : Silksong est une œuvre monumentale qui confirme Team Cherry comme l’un des studios les plus talentueux et ambitieux de sa génération. En osant réinventer les bases de son chef-d’œuvre tout en conservant son âme, le studio a livré une aventure d’une richesse, d’une beauté et d’une durée de vie rarement égalées dans le paysage indépendant. Si certaines évolutions, comme la structure de quêtes ou le gameplay plus rapide et outillé d’Hornet, ne feront pas l’unanimité auprès des puristes les plus attachés à l’expérience originelle, elles n’entachent en rien la qualité exceptionnelle de l’ensemble. Silksong est plus qu’une simple suite ; c’est un empire à part entière, une démonstration éclatante de maîtrise dans tous les domaines de la création vidéoludique. Il ne clôt peut-être pas le débat sur sa supériorité face à son prédécesseur, mais il s’impose sans conteste comme l’un des jeux les plus complets, aboutis et mémorables de ces dernières années, et une référence absolue pour le genre pour les décennies à venir.

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