Sorti le 25 janvier 2019 sur PC, PlayStation 4 et Xbox One, le remake de Resident Evil 2 développé et édité par Capcom représente bien plus qu’une simple modernisation technique. Vingt et un ans après la sortie du chef-d’œuvre original sur PlayStation, Capcom s’est attaqué à l’un des titres les plus vénérés du survival horror avec une ambition claire : non pas remplacer l’original, mais le réinventer pour une nouvelle génération tout en préservant son âme. Utilisant le puissant RE Engine déjà éprouvé sur Resident Evil 7, le studio japonais a livré une expérience qui a non seulement satisfait la nostalgie des vétérans, mais a également conquis un public contemporain . Avec des notes exceptionnelles – 97 % d’avis positifs sur Steam sur plus de 118 000 critiques, un Metascore de 89 et une note de 9,5/10 chez Game Informer – ce remake s’est immédiatement imposé comme une référence incontournable . Cette analyse exhaustive se propose d’examiner en six chapitres les multiples facettes de ce chef-d’œuvre moderne, de sa refonte technique à son héritage dans la franchise, en passant par ses choix de game design audacieux.

Contexte de développement et ambitions d’un remake pas comme les autres
La genèse du remake de Resident Evil 2 s’inscrit dans un contexte particulier pour Capcom. Après une décennie où la franchise avait exploré les contrées de l’action frénétique avec Resident Evil 5 et *6*, le studio avait opéré un retour aux sources horrifique majeur avec Resident Evil 7: Biohazard en 2017 . Ce retour gagnant aux fondamentals a ouvert la voie à une relecture moderne des classiques. L’ambition des développeurs était claire : ne pas se contenter d’un simple « remaster » avec des résolutions améliorées, mais entreprendre une reconstruction totale du jeu original . Le choix du RE Engine s’est imposé naturellement, offrant des capacités techniques permettant de créer des environnements entièrement en 3D avec un éclairage dynamique et des détails viscéraux, abandonnant les décors pré-calculés et les caméras fixes du passé .
Le défi était de taille : Resident Evil 2 original est considéré par beaucoup comme le sommet du survival horror sur PlayStation. L’équipe de Capcom a dû naviguer entre la fidélité à l’œuvre originale et la nécessité d’innover pour répondre aux standards contemporains . Les développeurs ont fait le choix audacieux de ne pas simplement ajouter une couche de peinture fraîche, mais de repenser entièrement la structure des niveaux, le placement des objets et les mécaniques de jeu, tout en conservant l’ossature narrative et les personnages emblématiques . Ce travail d’équilibriste a abouti à ce que PC Gamer a qualifié de « modèle de ce qu’un remake moderne devrait être », un jeu qui « capture l’essence du titre original et le transforme pour répondre aux goûts contemporains » .
Refonte narrative et personnages réinventés
Sur le plan narratif, le remake de Resident Evil 2 reste fidèle à la trame originale tout en l’enrichissant considérablement. L’histoire suit deux protagonistes emblématiques : Leon S. Kennedy, un jeune officier de police arrivant à Raccoon City pour son premier jour, et Claire Redfield, une étudiante à la recherche de son frère Chris . Tous deux découvrent une ville ravagée par une épidémie virale transformant ses habitants en zombies assoiffés de chair. Rapidement séparés, ils doivent survivre dans le commissariat de police et ses environs pour percer le mystère de ce qui est arrivé à la cité.
Là où le jeu excelle, c’est dans sa capacité à moderniser les personnages et leurs interactions sans trahir leur essence . Leon n’est plus le rookie naïf aux répliques parfois maladroites ; il gagne en profondeur et en vulnérabilité. Claire, quant à elle, voit son rôle de protectrice envers la petite Sherry Birkin amplifié, créant une dynamique émotionnelle bien plus puissante que dans l’original . Les personnages secondaires bénéficient également de cette attention : Marvin Branagh, l’officier blessé que l’on rencontre au commissariat, est bien plus développé, ce qui rend son destin inévitable d’autant plus poignant . Le chef Irons, déjà inquiétant dans l’original, devient ici un personnage profondément dérangeant, dont la folie est explorée avec plus de nuances . Seul bémol relevé par certains critiques : l’interprétation d’Annette Birkin manque de cohérence entre les deux campagnes, apparaissant tantôt comme une héroïne tragique, tantôt comme une figure antipathique selon le scénario.

Révolution technique et artistique au service de l’horreur
La prouesse la plus immédiatement visible du remake réside dans sa réalisation technique époustouflante. Le RE Engine déploie toute sa puissance pour créer des environnements d’un réalisme saisissant, avec un éclairage dynamique qui transforme chaque couloir du commissariat en source potentielle d’angoisse . Les jeux d’ombre et de lumière, les reflets sur les surfaces humides, les particules en suspension dans l’air contribuent à une immersion totale. Comme le souligne TechRadar, le commissariat de police de Raccoon City est un « tour de force en matière de conception d’environnement », où chaque pièce regorge de détails narratifs et atmosphériques .
La gestion du gore mérite une mention spéciale. Le système de dégâts en temps réel sur les ennemis est d’une sophistication rare : les balles de fusil arrachent des lambeaux de chair, exposant muscles et ossatures ; les tirs à la tête peuvent provoquer des explosions craniennes d’une violence cartoon mais terriblement satisfaisante ; les zombies que l’on démembre continuent de ramper, toujours menaçants . Cette attention aux détails macabres renforce considérablement l’immersion et la tension. Le design sonore n’est pas en reste : les bruits de pas de Mr. X résonnant dans les couloirs, les grognements étouffés des zombies derrière les portes, les craquements du bâtiment créent une toile de fond auditive angoissante qui maintient le joueur en état d’alerte permanent .
Mécaniques de jeu et design de la survie
Le cœur du gameplay de Resident Evil 2 réside dans son équilibre parfait entre action et survie. Capcom a fait le choix judicieux d’adopter la vue à la troisième personne over-the-shoulder popularisée par Resident Evil 4, mais en l’adaptant à une philosophie bien plus lente et tactique . Le joueur doit constamment peser ses décisions : faut-il éliminer ce zombie qui bloque un passage stratégique, quitte à gaspiller des munitions précieuses ? Vaut-il mieux le neutraliser partiellement en lui tirant dans les jambes pour le ralentir, ou tenter de le contourner en risquant une morsure ?
Les zombies ont été considérablement renforcés par rapport aux itérations précédentes de la franchise. Ils sont de véritables éponges à balles, capables d’encaisser plusieurs tirs avant de tomber, et même une fois à terre, ils peuvent se relever au pire moment . Cette résilience transforme chaque confrontation en moment de tension. Les armes de défense (couteaux et grenades) ajoutent une couche stratégique supplémentaire : lorsqu’un ennemi agrippe le joueur, il peut utiliser automatiquement ces objets pour se libérer, au prix de leur consommation ou de leur détérioration . Le système de craft de munitions, hérité de Resident Evil 7, oblige à gérer parcimonieusement la poudre pour créer les balles adaptées à chaque situation . Enfin, la gestion d’inventaire limitée, matérialisée par des étuis de ceinture à débloquer, force des choix cornéliens sur l’équipement à transporter, renforçant l’aspect survival .

La menace constante – Mr. X et la tension permanente
L’innovation majeure de ce remake réside dans le traitement réservé à Mr. X, le tyran au trench-coat devenu icône instantanée du jeu. Dans l’original, ses apparitions étaient brèves et scriptées. Ici, il devient un élément de gameplay central et persistant . À partir d’un certain point dans le scénario, cette créature imposante et invulnérable se met à arpenter les couloirs du commissariat, traquant le joueur de manière quasi-constante.
L’impact psychologique de cette présence est immense. Le bruit caractéristique de ses pas, lourds et réguliers, suffit à faire monter l’anxiété . On ne peut que le ralentir temporairement en lui tirant dessus, jamais l’arrêter définitivement. Il force à repenser ses déplacements, à éviter certaines zones, à prendre des risques pour accomplir les objectifs. Comme le note TechRadar, Mr. X crée un « jeu du chat et de la souris permanent » qui électrise chaque exploration . Certains critiques ont toutefois nuancé cet enthousiasme, notant que sa présence, bien qu’efficace lors de la première découverte, peut devenir plus « obstructive que véritablement menaçante » lors des playthroughs suivants, d’autant que ses déplacements restent largement scriptés plutôt qu’émergents .
Les autres ennemis contribuent également à cette tension. Les Lickers, ces créatures écorchées aveugles mais dotées d’une ouïe surdéveloppée, forcent à une progression lente et silencieuse . Les plantes Ivy, capables de tuer instantanément si l’on n’a pas d’arme de défense, ajoutent une couche de terreur supplémentaire dans les laboratoires . Chaque type d’ennemi impose ainsi un rythme et une stratégie spécifiques.
Structure des campagnes, réjouabilité et héritage
Le système des scénarios A et B, élément signature de l’original, a été profondément repensé pour ce remake. Si le concept de deux campagnes entrelacées persiste, son exécution diffère sensiblement . Après avoir terminé une première partie avec l’un des personnages, le joueur débloque le « 2nd Run » avec l’autre protagoniste. Cette seconde campagne modifie le point de départ, l’emplacement de certains objets et clés, et propose des armes différentes. Cependant, contrairement à l’original où les actions d’une campagne impactaient directement l’autre (système « zapping »), les deux histoires progressent ici de manière largement indépendante .
Cette décision a suscité des débats parmi les fans. Si certains regrettent la perte de cette interaction unique, d’autres apprécient la refonte qui permet à chaque personnage d’avoir une expérience plus cohérente . Les campagnes durent entre six et dix heures pour une première découverte, mais le jeu regorge d’éléments de rejouabilité : modes de difficulté supplémentaires (notamment le redoutable mode « Hardcore » qui impose des sauvegardes limitées), personnages bonus comme Hunk et Tofu, armes à débloquer, et système de ranking qui encourage l’optimisation des temps de passage .
La réception critique et publique a été quasi-unanime. Avec 97% d’avis positifs sur Steam et des notes de 9/10 ou supérieures dans la presse spécialisée, Resident Evil 2 est rapidement devenu la référence en matière de remake . Son influence s’est immédiatement fait sentir, ouvrant la voie au remake de Resident Evil 3 l’année suivante et redéfinissant les attentes pour ce type de projet. Comme le résume PC Gamer, « Resident Evil 2 établit le modèle de ce qu’un remake moderne devrait faire pour une propriété ancienne et célèbre ».
Conclusion
Resident Evil 2 est bien plus qu’un simple remake : c’est une réinvention magistrale qui capture l’âme du classique de 1998 tout en le propulsant dans l’ère moderne avec une maîtrise technique et conceptuelle exceptionnelle . Capcom a réussi le pari difficile de satisfaire à la fois la nostalgie des vétérans et les exigences d’un nouveau public, créant une œuvre qui se suffit à elle-même tout en honorant son illustre prédécesseur .
La force du jeu réside dans son équilibre parfait : entre action et exploration, entre tension permanente et moments de répit, entre fidélité et innovation. Les environnements du commissariat, conçus avec un souci du détail obsessionnel, restent gravés dans la mémoire . La menace constante de Mr. X, la résistance des zombies, la rareté des munitions, tout concourt à créer une expérience de survival horror aussi exigeante que gratifiante .
Si l’on peut regretter l’absence du système de « zapping » original ou une certaine linéarité dans la seconde campagne , ces faiblesses sont mineures face à la réussite globale. Resident Evil 2 a non seulement redéfini les standards du remake, mais a également montré la voie pour l’avenir de la franchise, prouvant que le survival horror avait encore de beaux jours devant lui. Comme le conclut Game Informer dans sa critique, « Resident Evil tourne enfin sur tous les cylindres » . Un chef-d’œuvre intemporel, indispensable à toute ludothèque.

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