Développé par The Swordman Studio et publié par Spiral Up Games, Wandering Sword est un role-playing game (RPG) tactique s’inspirant des wuxia, ces récits de héros martiaux chinois. Sorti en septembre 2023, le jeu plonge le joueur dans la peau d’un jeune guerrier voué à devenir un héros légendaire dans le Jianghu, le monde des arts martiaux. Alliant combat au tour-par-tour, exploration libre et narration riche, Wandering Sword se distingue par son système de progression profond et son respect des codes du genre. Cette analyse détaillée examinera six aspects clés : l’univers et la narration, les systèmes de combat et de progression, la conception des personnages, l’exploration et les quêtes, la direction artistique et sonore, ainsi que la rejouabilité et les limites.
Univers et narration
Wandering Sword s’ancre dans une Chine ancienne fantasmée, typique des wuxia. Le joueur incarne Yuwen Yi, un jeune homme embroché lors d’une attaque et sauvé in extremis, qui se lance dans une quête de vengeance et de rédemption. L’intrigue, classique mais efficace, évolue vers une conspiration bien plus vaste menaçant l’équilibre du Jianghu. La force narrative réside dans sa galerie de personnages hauts en couleur, chacun doté de motivations propres et de quêtes annexes approfondies. Les dialogues, bien écrits et souvent poétiques, restituent l’atmosphère chevaleresque et les codes d’honneur chers au genre. Si l’histoire principale manque parfois d’originalité, elle sert de prétexte à une exploration exhaustive de cet univers fascinant.

Systèmes de combat et de progression
Le jeu propose deux modes de combat : un système tactique au tour-par-tour sur grille et un mode action en temps réel. Le premier, plus stratégique, demande positionnement et anticipation des capacités adverses. Le second, plus dynamique, permet des enchaînements fluides mais moins contrôlés. La progression est l’un des piliers du gameplay : Yuwen Yi et ses compagnons apprennent des techniques (skills) via des parchemins, mais doivent les maîtriser par la pratique. Les attributs (Force, Agilité, Intelligence) et les relations entre personnages influent sur l’efficacité au combat. L’arbre de compétences, vaste et personnalisable, encourage l’expérimentation et la spécialisation.
Conception des personnages
Les compagnons rencontrés sont nombreux et variés, allant du moine bouddhiste pacifiste à l’assassin mystérieuse. Chacun dispose d’un arbre de compétences unique, de techniques exclusives et d’une histoire personnelle à découvrir via des quêtes dédiées. Le système d’affinité (bond) permet de renforcer les liens, débloquant des dialogues supplémentaires, des techniques conjointes et des fins alternatives. Cette emphasis sur les relations humaines et la croissance mutuelle rappelle des titres comme Suikoden ou The Witcher, ajoutant une épaisseur narrative rare.

Exploration et quêtes
Le monde de Wandering Sword est vaste et ouvert, encourageant l’exploration à pied ou à cheval. Les régions, inspirées de provinces chinoises réelles ou mythiques, regorgent de secrets, de donjons optionnels et de maîtres martiaux à défier. Les quêtes principales et secondaires sont généralement bien écrites, mêlant enquêtes, duels et dilemmes moraux. Certaines quêtes dépendent de la réputation ou des affinités, encourageant le joueur à incarner son propre code moral. On regrette toutefois une certaine répétition dans les objectifs (ramassage d’objets, élimination de bandits) et une indication parfois floue des objectifs.
Direction artistique et ambiance sonore
Le jeu utilise un mélange de low-poly et de textures peintes à la main, créant un style visuel unique, à mi-chemin entre le dessin traditionnel chinois et le moderne. Les environnements — forêts de bambous, temples montagnards, villages paisibles — sont magnifiquement rendus et immersifs. Les animations de combat, bien que parfois rigides, sont dynamiques et fidèles aux arts martiaux. La bande-son, composée d’instruments traditionnels (guqin, erhu), épouse parfaitement l’ambiance, alternant entre mélopées tranquilles et thèmes épiques lors des affrontements.

Rejouabilité et limites
Wandering Sword offre une rejouabilité honorable grâce aux multiples fins, aux choix moraux et aux compagnons recrutables. Le mode difficile et les défis de maîtrise des techniques prolongent la durée de vie. Cependant, le jeu pêche par un grinding parfois nécessaire pour venir à bout des donjons les plus ardus et par une inégalité de difficulté. La traduction française, bien que globalement correcte, souffre de quelques coquilles et maladresses. Enfin, l’interface utilisateur, bien que complète, manque de ergonomie sur certains menus.
Conclusion
Wandering Sword est une excellente surprise pour les amateurs de wuxia et de RPG tactiques. Son univers riche, ses personnages attachants et ses systèmes de combat et de progression approfondis en font une expérience immersive et exigeante. Malgré quelques défauts — répétition occasionnelle, grinding et interface perfectible —, le jeu s’impose comme un hommage réussi aux grands classiques du genre et une pierre angulaire pour les studios chinois indépendants. À découvrir absolument pour qui rêve de chevauchées héroïques et de duels au clair de lune.
