Sorti en juin 2025 sur Steam après plusieurs années d’exploitation au Japon, Umamusume: Pretty Derby représente l’aboutissement du projet audacieux de Cygames : fusionner l’univers des courses hippiques avec celui des idols japonaises. Ce titre, qui a connu un succès phénoménal en Asie, se présente comme une expérience unique mêlant gestion sportive, simulation de course et narration character-driven. Dans un paysage gaming souvent conventionnel, Umamusume ose un concept décalé qui s’avère étonnamment profond et addictif, offrant bien plus qu’une simple curiosité niche.

Un concept audacieux : la girlification équine
Le postulat de départ est pour le moins singulier : les joueurs incarnent un entraîneur chargé de former des « filles-cheval » (umamusume), des créatures mi-humaines mi-equines inspirées de pur-sang célèbres. Ces athlètes hors normes doivent concilier carrière sportive et activités de idols, entre compétitions sur piste et concerts sur scène. Ce concept apparenté au moe puise sa force dans son traitement étonnamment respectueux de l’univers hippique. Chaque fille-cheval reprend les caractéristiques de son alter ego équin réel : date de naissance, lignage, palmarès et même blessures historiques. Cette approche crée un paradoxe fascinant où l’attachant character design sert de porte d’entrée à une simulation sportive étonnamment rigoureuse et documentée.
Le système de formation : entre gestion et relationnel
Le cœur du gameplay réside dans un système de formation tour par tour d’une richesse exceptionnelle. Sur trois ans (représentant la carrière junior d’une fille-cheval), le joueur doit gérer l’emploi du temps de son protégé entre entraînements, études, repos et événements spéciaux. Chaque action influence les statistiques de la sportive (vitesse, endurance, puissance, etc.) ainsi que sa condition mentale et physique. La gestion de la fatigue et du stress devient un élément crucial, sous peine de voir sa carrière compromise par une blessure. Les relations entre les filles-cheval, matérialisées par un système de « liens », influencent directement les performances en course, encourageant le joueur à former des groupes cohérents et complémentaires. Cette mécanique transforme ce qui pourrait n’être qu’une optimisation froide en une expérience émotionnellement engageante.

Les courses : un spectacle dynamique et stratégique
Les courses constituent le point d’orgue de chaque partie. En temps réel, le joueur assiste à des simulations où les filles-cheval s’affrontent sur des hippodromes fidèlement reconstitués. L’interface permet d’intervenir à des moments clés via des « skills » activables, mais l’issue dépend principalement de la préparation en amont. La profondeur stratégique réside dans l’adaptation des tactiques de course (leader, chasseur, come-back) en fonction des caractéristiques de sa fille-cheval et de la configuration de la course. Le système de « volonté » (guts) ajoute une dimension dramatique, permettant des remontées spectaculaires dans les derniers mètres. Les commentaires dynamiques et les réactions des spectateurs contribuent à créer une ambiance authentiquement sportive, renforçant l’immersion et l’attachement aux athlètes.
La dimension narrative et l’attachement aux personnages
Umamusume excelle dans son approche narrative. Chaque fille-cheval possède une personnalité distincte et un arc scénaristique développé, explorant ses doutes, ses rivalités et ses amitiés. Les événements scénarisés, inspirés de faits réels, donnent une épaisseur dramatique inattendue à cette univers. Qui aurait cru que la préparation pour la course du Takarazuka Kinen pourrait provoquer l’émotion ? Le système de « souvenirs » (memories) permet de débloquer des scènes character-driven qui enrichissent considérablement l’expérience, transformant de simples statistiques en personnages attachants auxquels le joueur s’investit émotionnellement. Cette narration émergente, où le joueur est acteur de la carrière et du développement de sa protégée, constitue l’une des grandes forces du titre.

La réalisation technique et la bande-son
La version PC de 2025 bénéficie d’une optimisation soignée, avec des modèles 3D redessinés et des animations fluides lors des courses et des séquences narratives. L’interface, héritée de la version mobile, a été repensée pour le jeu sur grand écran. La direction artistique allie avec brio le style anime traditionnel et des éléments d’interface modernes et lisible. La bande-son, élément crucial pour un jeu mêlant sport et idols, est tout simplement exceptionnelle. Les thèmes musicaux des filles-cheval, interprétés par leurs doubleuses, accompagnent avec justesse les moments clés du jeu. Les performances vocales, tant durant les courses que dans les séquences narratives, ajoutent une épaisseur émotionnelle remarquable à l’expérience.
Le modèle de jeu et la réception occidentale
L’arrivée sur Steam marque une occidentalisation prudente du titre. Cygames a conservé le modèle free-to-play originel avec des microtransactions centrées sur l’acquisition de nouveaux costumes et l’accélération de la progression. Si ce modèle peut heurter les joueurs habitués aux expériences premium, son implémentation reste raisonnable et n’entrave pas la jouabilité en solo. La localisation, bien que supprimant certaines références trop japonisantes, conserve l’esprit du jeu original. La réception occidentale, bien que divisée face au concept déroutant, reconnaît généralement la qualité de la simulation sportive et la profondeur des mécaniques de gestion. Le jeu réussit le pari de transcender son apparente niche pour offrir une expérience de gestion sportive riche et étonnamment mature.
Conclusion
Umamusume: Pretty Derby est bien plus qu’un simple jeu sur des chevaux anthropomorphisés : c’est une expérience de gestion profonde et étonnamment touchante qui transcende son concept apparemment frivole. En fusionnant avec brio simulation sportive rigoureuse, narration character-driven soignée et éléments de idol game, Cygames a créé un titre unique en son genre. La gestion tactique des entraînements, l’exaltation des courses et l’attachement aux filles-cheval forment un tout cohérent et remarquablement addictif. S’il peut décontenancer par son esthétique et son modèle économique, Umamusume mérite d’être découvert pour ce qu’il est vraiment : l’une des expériences de gestion sportive les plus abouties et émotionnellement engageantes de ces dernières années, démontrant que l’innovation conceptuelle peut rimer avec profondeur gameplay.

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